samedi 3 septembre 2011

La (fausse) bataille des méthodes de lecture

Un bref article, paru dans Valeurs actuelles (n° 3900, du 25 au 31 août) sous la signature d’Amaury Brelet, nous informe de ce que plusieurs associations se réunissent au sein d’un collectif intitulé Permis de lire. Le but: défendre un «apprentissage efficace de la lecture en France dans la perspective de l’élection présidentielle de 2012». En lisant le billet, puis en fouillant un peu sur la Toile, on croit comprendre que les membres de ce collectif (1) déplorent que l’étude des correspondances graphophonologiques ne soit pas au centre de l’enseignement de la lecture, (2) réclament l’abandon de la méthode globale en faveur d’un retour aux méthodes alaphabétiques et syllabiques. Ceci serait bel et bon si les méthodes alphabétiques et syllabiques permettaient un enseignement réellement centré sur les correspondances graphophonologiques. Mais ce n’est pas le cas. D’ailleurs, dans le billet d’Amoury Brelet, Meryl Bertrand, qui s’exprime au nom du collectif, parle de «correspondances lettres-sons». Ce lapsus ou cette approximation sont très révélateurs du malentendu dans lequel le collectif tente de nous entraîner. Car les méthodes alphabétiques et syllabiques sont dépassées dans la mesure précisément où elles confondent les lettres et les graphèmes, et qu’ainsi elles enseignent aux enfants de fausses vérités sur l’inexactitude desquelles on leur demande en quelque sorte de fermer les yeux--ce que certains d’entre eux sont en mesure de faire, grâce à l’assurance personnelle et aux compléments d’informations que leur apportent leurs familles, et d’autres pas.

Quant à savoir s’il existe des méthodes réellement centrées sur l’étude de ces correspondances, les habitués de notre site et de nos ateliers connaissent celle que nous intitulons Lire en couleur, elle-même inspirée par les travaux de notre collègue et ami Francis Ribano. Et je ne vois pas grand chose d’autre à ajouter.

4 commentaires:

  1. Bonjour Christian

    Tout est dit dans ces lignes, et particulièrement dans ce que tu as la délicatesse de dénommer « lapsus ou approximation révélateurs » ... à propos de la formule que tu cites «correspondances lettres-sons» utilisée par la porte-parole de ce collectif.

    Pour ma part, je me situe au-delà de ces querelles et guerres de méthodes portées bien souvent par des personnes qui n’ont pas été confrontées à des publics rencontrant de sérieuses difficultés d’apprentissage, publics dont tu sais que je peux parler un peu et en connaissance de cause pour avoir longtemps travaillé dans l’enseignement spécialisé.

    Je me suis quant à moi résolument tourné vers une démarche d’apprentissage fondée sur la recherche active par les élèves du code des correspondances grapho-phonémiques qui régit le rapport existant entre langue orale et langue écrite. Les couleurs que j’attribue aux phonogrammes correspondant aux sons voyelles et aux lettres muettes constituent l’élément fondamental du procédé facilecture qui facilite la prise de conscience du principe alphabétique dans notre langue OPAQUE.

    Les élèves qui rencontrent des difficultés dans l’apprentissage de la lecture sur des textes ordinaires monochromes, en noir, ne s’y trompent pas quand ils sont mis en présence de textes codés en couleurs .... et ceux qui n’ont pas de difficultés particulières font une découverte « précoce » qui les incite à aller chercher plus avant les secrets des couleurs. Il y a là une dynamique assez étonnante qui ne manque pas de surprendre ceux qui assistent à son émergence.
    (voir les témoignages des enseignants et des parents sur mon site http://facilecture.fr/temoignages-des-utilisateurs/
    Cette dynamique, je suis en train de la vivre de manière incroyable avec le cas d’un adulte de 42 ans en situation totale d’illettrisme (malgré 12 années de scolarité) que l’on m’a adressé afin de voir si je pouvais l’aider. C’est la première fois que je suis dans une telle situation et avec lui je découvre ce qu’est l’illettrisme !!!! Pour moi ce n’était jusqu’alors qu’un mot, une définition, un concept, un état que je n’appréhendais pas vraiment. Aujourd’hui je sais que c’est une prison !

    A l’issue de 16 séances seulement que j’ai conduites avec lui sur une période de 5 mois, et grâce à son investissement personnel chez lui, après ses heures de travail, sur les outils facilecture que j’ai laissés à sa disposition, dont le logiciel déclic des sons, il « s’est appris » à lire.

    Grâce à la couleur et aux sons associés, il a eu le déclic et la révélation de ce qu'est LIRE (déchiffrement et acte lexique et sémantique en lien avec la parole) ; il a ainsi compris le système « alphabétique », que je préfère pour ma part, et pour le français tout du moins, appeler le système « graphémique ».
    Le codage « couleurs » des graphèmes voyelles l’a aidé à sortir de la problématique de la lettre, de cette jungle de signes, à s’extirper de ce labyrinthe, … une révélation qui fut une "révolution" pour lui. Maintenant il ouvre les magazines, les journaux, lit les affiches, tente de lire-comprendre tout ce qu’il voit, comme un jeune enfant … et comme il y rencontre la réussite, … il n’a plus peur… Ses progrès sont étonnants.
    Il m’a confié : « sans l’ordinateur je l’aurais jamais fait, j’y serais pas arrivé, j’aurais abandonné ». Lui qui n’avait jamais touché un ordinateur a apprécié la simplicité de l’usage (clics souris gauche/droit et barre espace) et cela l’a amusé, comme un enfant… ce qui n’est pas sans intérêt…

    Je n’aurais jamais pu imaginer un tel parcours. Sa réussite est pour moi et pour les outils facilecture la plus belle des reconnaissances et une preuve supplémentaire de leur efficacité, en certaines situations.

    Il faut du temps avant que des méthodologies nouvelles soient entendues, prises en considération, adoptées ...

    Je te remercie Christian d’y contribuer en faisant référence à mes travaux et en les citant ici.


    FR

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  2. Pourquoi critiquer les méthodes alphabétiques alors qu'elles permettent d'apprendre correctement à lire et à écrire et sont particulièrement adaptées aux enfants en difficulté ?
    Elles ont d'ailleurs souvent été élaborées par des personnes chargées de rééducation en lecture (orthophonistes, etc.)
    Exemple : Les Alphas, Bien lire aimer lire issue des travaux de Borel Maisonny, Léo et Léa, Fransya, Delile.

    Je ne pense pas que les auteurs des manuels ignorent la distinction lettre-graphème ou phonème-son. Simplement, ils peuvent employer des termes différents suivant le public auquel ils s'adressent.
    Avec des enfants, par exemple, j'emploie les mots "sons" et "lettres", pas les mots "phonèmes" et "graphèmes".

    Que des journalistes fassent la confusion dans leurs écrits, c'est par contre très fréquent.

    Mais dire que les méthodes alphabétiques et syllabiques ne permettent pas un enseignement réellement centré sur les correspondances graphophonologiques, il fallait oser.

    J'attends une démonstration plus convaincante. Celle que vous faites dans ce post est basée sur des contre-vérités trop flagrantes, des erreurs de raisonnement assez grossières et n'a de plus aucune justification expérimentale.

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  3. Les mots que l'on choisit sont significatifs mais notre différend va bien au-delà d'une question de vocabulaire ou d'appellation. Il y a que, dans la méthode syllabique, quand on part du b et a = ba, et b et i = bi, cher à un ancien ministre agrégé de lettres, qui avait tendance à confondre le français avec le latin, on suppose (et on laisse entendre à l'enfant) que a et i ont toujours la même valeur phonologique, ce qui n'est pas le cas (quel tenant de la méthode syllabique a jamais osé dire à ses élèves que le i a valeur de [a] dans "roi"?). Tandis que, dans la méthode Lire en couleur, on observe les mots-formes de la langue dans le but d'étudier comment s'opèrent, à l'intérieur de ces mots, les correspondances graphophonologiques--ce qui rend notre méthode plus conforme aux principes de la linguistique, et la rapproche (aussi) de la méthode globale. Je crains que votre détestation de la méthode globale ne vous aveugle. Quant à nous, au contraire, nous soulignons que celle-ci n'est pas une invention de la vaine modernité soixante-huitarde, mais qu'elle relève de la plus haute et plus belle tradition. Enfin, ne pourriez-vous pas vous identifier clairement? Ce serait tellement plus courtois et agréable.

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  4. Bonjour,
    je ne peux pas répondre en entier ce soir, faute de temps.
    "Je crains que votre détestation de la méthode globale ne vous aveugle."
    Je ne déteste pas la méthode globale, mais des auteurs que j'ai cités sur mon blog, peut-être (et même sûrement). Il ne faut pas classer tous les auteurs qui défendent ou produisent des "méthodes alphabétiques" dans le même panier, même si ça ne doit pas être facile d'entendre quasiment à chaque fois "la méthode globale ceci, la méthode globale cela". Je fais bien la distinction de la globale et de l'idéovisuelle. Voir sur cette distinction la page présentant une grande partie des textes de Michel Delord sur la question, qui luttent aussi contre les fausses oppositions dans le domaine éducatif et les faussetés historiques : http://ecolereferences.blogspot.com/2011/07/michel-delord-sur-la-lecture-1.html

    Justement, avez-vous déjà essayé une de ces méthodes auprès de publics rencontrant de sérieuses difficultés d'apprentissage ?

    Il est possible que pour certains enfants ou adultes, une méthode synthétique fonctionne mieux qu'une méthode analytique ?

    Encore qu'il ne faudrait pas non plus faire encore une fausse opposition, ici analytique/synthétique, trop étanche entre les méthodes qui permettent d'apprendre à lire.

    Je n'ai pas envie de me présenter sous mon vrai nom, mais je tâcherai de vous en dire un peu plus sur moi la prochaine fois.
    Je mettrai peut-être un peu de temps à répondre car il va falloir que je lise un peu plus les articles du blog et que je me renseigne sur la méthode "Lire en couleur".

    A plus tard donc

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